Pascale Rivard, M. Mus., professeure de violon et d’alto en leçons individuelles et au département de musique du Cégep de Sainte-Foy.
J’enseigne le violon depuis plus de 30 ans… À des élèves de tous les âges, de tous les niveaux et aux personnalités uniques! Quand un parent ou un collègue me demande : « Quelle méthode enseignes-tu ? » j’aime répondre que j’enseigne ce qui convient à mon élève à chaque moment de sa vie. Tricoter une relation pédagogique avec eux est le fondement de mon enseignement.
Je crois avant tout au lien qui unit un professeur et un élève. J’ai, toutes les semaines, la chance de côtoyer une personne pendant sa leçon. En connaissez-vous beaucoup des gens qui peuvent en dire autant ? Bien sûr, l’apprentissage du violon et de la musique est notre fil conducteur au cours de la session, voire des années, mais je me considère avant tout comme un adulte significatif dans la vie de chacun de mes élèves. Quelqu’un qui peut dire « comme les parents, mais si ça vient d’une autre personne ça passe mieux », qui peut mettre d’autres limites et qui a des exigences dans un cadre différent.
Loin de moi l’idée de former des violonistes professionnels. Lorsque c’est le cas, c’est bien entendu une belle récompense. J’aime croire que je forme des citoyens culturels qui consommeront de la musique sous toutes ses formes. Quand un membre d’une famille fait de la musique, c’est toute la fratrie qui va au concert. Ça commence avec les activités jeunesses des grandes institutions et ça se poursuit avec des concerts de plus grande envergure. Croiser d’anciens élèves dans un lobby de salle de concert fait partie intégrante de ma réussite professionnelle !
Je suis aussi consciente que la bienveillante rigueur qui me caractérise peut servir dans toutes les sphères de la vie. Bien faire les choses, chercher des solutions, poser des hypothèses, comprendre comment fonctionne le cerveau… Tout ça s’acquiert en jouant du violon et ça s’applique partout. Certes mes attentes sont élevées et clairement énoncées mais, elles varient et s’adaptent.
Mes plus grandes victoires pédagogiques viennent toutefois des élèves pour qui c’est plus difficile… Par exemple, en constatant que petit A., 8 ans, arrive à son cours de violon de bonne humeur, tout heureux de me raconter le dernier but de Cole Caufield alors qu’à sa première année, notre seul but était de jouer plus de notes qu’au cours précédent (ça a commencé à 6). Il a fallu qu’on se fasse confiance, qu’on établisse nos limites et qu’on fasse tous les deux des compromis. Est-ce que petit A. avance aussi vite que petite E., 5 ans, enfant de musicienne avide de nouveautés et de défis musicaux ? Il est inutile de se poser la question. Accepter que les apprentissages de la vie soient aussi importants que les notions musicales fait partie intégrante de mes leçons.
Il y a aussi petite M., la plus courageuse et persévérante de tous. Elle commence le violon à 4 ans comme sa grande sœur, la talentueuse et sérieuse F. Ses parents et moi sommes parfaitement conscients dès le début que le parcours de M. sera rempli d’embûches. Elle fait face à plusieurs défis de motricité, de coordination et même, de lecture. Quand tenir le violon sur la bonne épaule est difficile, on ne part pas sur la même ligne que les autres amis. Ses parents auraient très bien pu abandonner. Trop d’implications, trop de gestion, trop de défis. Mais petite M. restait positive et célébrait chaque réussite. Ils ont persévéré et on a formé une équipe. La stratégie de M. quand elle ne voulait pas faire quelque chose ? Nous raconter une anecdote. Parce que le langage, c’est sa force. On a pris le temps de l’écouter, de la valoriser et j’ai observé son univers pour nourrir la rétroaction et favoriser l’autorégulation. C’est ça aussi, tisser des liens.
Il y aussi certains ados… Négatifs, renfrognés, taciturnes à la maison, qui viennent au cours de violon par habitude, parce qu’ils en jouent depuis qu’ils ont 5 ans. Ils ont d’autres priorités que la pratique quotidienne… Mais, ils viennent chaque semaine passer un moment durant lequel ils peuvent décrocher, se faire du bien. Répondre bien sûr à la mère de V., qui m’a un jour demandé si elle riait pendant ses cours et la voir réconfortée; c’est pour ces liens-là que je persévère.
J’ai l’immense chance d’avoir un taux de rétention très élevé. Quand on commence le violon dans ma classe, on y reste longtemps. Est-ce parce que mon approche centrée sur l’élève favorise leur motivation ? Certaines études démontrent que la relation pédagogique est un levier important dans la persévérance des musiciens en herbe. Au-delà de celles-ci, l’esprit de communauté créé par les concerts, les cours de groupes et les activités spéciales sont aussi à prendre en compte. Des amitiés se tissent entre les personnes qui ont la musique en commun.
Le « pas-de-recette » ne s’applique cependant pas à tout le monde. Il faut savoir suggérer un autre professeur, un autre instrument, voire, une autre activité. Les leçons individuelles de musique, bien qu’elles offrent une multitude de bienfaits, ne sont pas nécessairement pour tous. La persévérance : oui. L’acharnement : non. Ce n’est peut-être pas le bon moment, les bonnes conditions, le bon instrument. Parfois, prendre une pause, c’est la solution. Ils reviendront (ou pas) plus tard.
Les moments passés avec les élèves à semer des petites graines musicales et humaines serviront un jour. Ils se souviendront du gros chien qui les accueille, des dictées musicales dans les escaliers et des codes secrets qui existent seulement entre eux et moi. Ils penseront aussi aux concerts… tellement stressants, mais surtout de la fierté qu’ils ont ressentie après avoir bien joué leur pièce devant leur famille.
Quand on m’a demandé d’écrire un court texte pour cette publication, j’étais embêtée. De quel sujet traiter ? J’ai tellement à dire sur l’enseignement de la musique en leçons individuelles. J’y ai pensé et ça s’est imposé comme un accord majeur 7 qui arrive du ciel avec un rayon de lumière ! On fait ce métier, que dis-je, on a cette vocation pour les ÉLÈVES ! Nos leçons individuelles sont bien plus qu’une transmission de techniques, qu’un apprentissage de pièces. C’est accompagner des humains dans leur rapport aux autres, à la culture, leur donner confiance. En cette fin d’année musicale, ça allait de soi qu’ils soient les vedettes. Ils ont beaucoup accompli, ils me font grandir et j’apprends à chaque leçon… Parce que les liens, ça va dans les deux sens.



.png)





